Eric Guglielmi dans les pas de Rimbaud

Publié le mardi 28 juin 2011 à 09H22

 
 
Harar, Éthiopie, 2005.

Harar, Éthiopie, 2005.


Ancien photojournaliste spécialiste de l'Afrique, Eric Guglielmi (d'origine ardennaise) réalise un travail plus personnel depuis une douzaine d'années. Et il a remis ses pas dans ceux d'Arthur Rimbaud.

EXPOSER dans la ville natale d'Arthur Rimbaud des photographies réalisées sur les lieux arpentés par le poète n'est pas forcément la chose la moins risquée du monde. Beaucoup a déjà été tenté dans ce domaine. Avec plus ou moins de réussite, d'ailleurs.
Comment faire pour être… original ? Dans la démarche d'Eric Guglielmi, il y a une réponse à cette question : ne pas chercher à être original. Justement. Ne pas chercher de posture intellectuelle par rapport au poids écrasant de l'image de Rimbaud. Et parfois, sans chercher, on trouve.
Pendant quatre mois, trente-sept photos couleur grand format d'Eric Guglielmi seront visibles aux cimaises du Musée Rimbaud. Sur les murs, courent les lignes de la lettre d'Arthur Rimbaud à Paul Demeny datée d'août 1871, lettre dans laquelle le poète a cette phrase célèbre : « Je suis un piéton, rien de plus » que le photographe a retenue pour titre de son exposition.
Un parcours, un carnet de route… sur les traces ou dans les pas de l'homme aux semelles de vent. Alexandrie, Attigny, Le Caire, Calais, Charleroi, Civitavecchia, Deville, Harar, Hargnies, Les Hautes-Rivières, Laifour, Londres, Monthermé, Obock, Ostende, Renwez, Roche, Rome, Tadjoura, Voncq…

Le Hasselblad comme un carnet de notes

Cette exposition représente environ la moitié des soixante et quelques photos contenues dans le somptueux catalogue des éditions Gang, mais surtout, elles ne sont qu'une sélection des 20.000 images prises par Eric Guglielmi au cours de 23 voyages d'environ un mois étalés sur une période de cinq à six années.
« Je me suis servi de mon Hasselblad (NDLR : appareil argentique) comme d'un carnet de notes », explique le photographe qui rappelle l'étymologie du mot « photographie » : écrire avec la lumière. Et quand on écrit, on fait parfois des fautes, des ratures, on écrit selon son humeur, on va plus ou moins bien au gré du voyage…
Tout cela transparaît dans les photos d'Eric Guglielmi. « Je ne fais pas d'images documentaires ou plutôt je n'en fais plus », ajoute cet ex-photojournaliste spécialiste de l'Afrique qui dit avoir quitté cette profession après avoir connu quelques désillusions quant aux motivations des commanditaires des reportages.

Se laisser conduire

Dans la première photo, qui accueille le visiteur de l'exposition (et qui ouvre le catalogue), tout est dit de la démarche d'Eric Guglielmi. Une femme éthiopienne dans une robe très colorée pose, debout, au bord d'un marigot. Image classique. Mais juste derrière elle, un homme est en mouvement. Il saute comme pour sortir du cadre.
Peut-être devait-il lui aussi poser pour le photographe et sans doute a-t-il soudain changé d'avis au dernier moment. Du coup, il est flou et on se demande ce qu'il fait. Mais, c'est à ce moment qu'Eric Guglielmi a appuyé sur le déclencheur. Ni avant, ni après. N'importe quel autre photographe aurait estimé sa photo ratée, ou ne l'aurait pas retenue dans l'exposition.
Ensuite, on chemine au milieu d'un dédale d'images aux couleurs saturées : alignement de sangliers tués dans une chasse à Attigny, abattoir sanglant de dromadaires à Harar, agitation d'une rue crasseuse du Caire, solitude d'une plage d'Ostende… Rien de ce qui est « écrit » là n'est fait pour être « beau ». Et pourtant, les images d'Eric Guglielmi fascinent. Il suffit de se laisser conduire… comme un piéton, rien de plus.
Patrick FLASCHGO
Exposition au Musée Rimbaud jusqu'au 23 octobre.

 Catalogue « Je suis un piéton, rien de plus », éditions Gang. Format 28 x 32 cm, relié cuir. 40 euros.