Expo «Un été à Manchester» au Musée de

 

l'Ardenne

 
Fabien Legay, un photographe qui a déjà travaillé sur des thèmes sociaux et notamment sur des mémoires d'immigration dans les Ardennes.

Fabien Legay, un photographe qui a déjà travaillé sur des thèmes sociaux et notamment sur des mémoires d'immigration dans les Ardennes.

CHARLEVILLE-MEZIERES (Ardennes). A voir actuellement au Musée de l'Ardenne, les photographies de Fabien Legay sur le quartier de Manchester… avant le démarrage du PRU.

UN homme au crâne rasé et tatoué, une mamie assise sur les escaliers de l'entrée de son bloc, trois post-it collés sur un mur nu dont un touchant « je t'aime », un gamin narguant l'objectif derrière un masque de Spider-Man, deux pêcheurs, un bouliste, le portrait d'un homme rayonnant avec un bouquet de coquelicots à la main, une autre mamie assise sur le bord de son lit dans le clair-obscur de sa chambre à coucher et plusieurs vues du quartier surplombé par un ciel lourd et gris. Parfois, les toits se chevauchent presque, se protègent les uns les autres. C'est l'esprit « village ». Parfois, une HLM donne l'impression d'émerger d'un océan de verdure… On est « en ville » mais la campagne n'est jamais très loin. C'est la vision du photographe carolo Fabien Legay sur le quartier de Manchester dans lequel il s'est immergé pendant un mois pour les besoins d'un travail photographique intitulé Un été à Manchester ; une commande de la région Champagne-Ardenne à l'approche du futur Plan de Rénovation Urbaine (PRU) qui va bouleverser cette zone populaire de l'agglomération carolo. Il était important d'enregistrer des témoignages de cette mémoire vivante que constituent… les habitants. Parallèlement au travail photographique de Fabien Legay, Julien Rocipon (de l'association troyenne Le Son des choses) a, pour sa part, enregistré des paroles d'habitants. Pour Fabien Legay, il est clair que la photographie est un moyen muet mais indispensable pour « raconter » un quartier et ceux qui y vivent. Mieux que des chiffres ou des indicateurs démographiques, sociologiques, des statistiques de chômage. Fabien Legay fait partie de ces photographes qui peuvent prendre une heure avant d'appuyer sur le déclencheur, car il a besoin de comprendre, de sentir, de s'imprégner, de tisser du lien… Certes, au travers de ses photos, on devine que Manchester n'est pas un quartier rupin ; lorsqu'il photographie les blocs délabrés de la rue Madeleine-Sylvain -la plus défavorisée du quartier- le cliché pris à travers une vitre de voiture, un jour de pluie, accentue par un effet déformant et presque surréaliste la dégradation des façades lépreuses. Mais les habitants sont dignes. Certains ont même dans le regard une gravité qui force le respect. Comme pour bien montrer que c'est le facteur humain qui est primordial dans ce genre d'environnement, le photographe a placé ses sujets au centre de ses cadrages. Lors du vernissage de l'exposition au Musée de l'Ardenne, le premier adjoint Philippe Pailla a rappelé avec quelle vigueur le quartier avait réagi après la diffusion il y a quelques années d'un reportage d'Envoyé Spécial (France 2) qui montrait Manchester -sans doute maladroitement- comme un quartier miséreux, nourri sous perfusion par les aides sociales mais incapable de résister aux envies exorbitantes de consommation de ses enfants. La vice-présidente du conseil régional Nathalie Dahm a salué, quant à elle, la qualité et la justesse du travail des deux artisans de cette œuvre patrimoniale, qui donnera lieu sous peu à la publication d'un ouvrage comportant photographies, textes et un CD pour les enregistrements audio.

Patrick FLASCHGO « Un été à Manchester », photographies de Fabien Legay et extraits sonores de Julien Rocipon, salle temporaire du Musée de l'Ardenne (jusqu'au 14 octobre).